EN Présentation

Les rapports sociaux tacites qui régissent nos comportements sont l’occasion de repérer les lois souvent inconscientes qui régissent nos actions. Les relations corporelles et verbales qui se jouent entre l’individu et le groupe constituent le centre d’intérêt de la Cie Instincts Grégaires.

La compagnie cherche le singulier dans le banal en interrogeant ce qui conditionne le comportement humain.

Sa directrice artistique, Nadège Guenot, prend le parti de penser que la vie est schéma et fantasmes. Ces références structurent le fonctionnement entre individus et fondent des sentiments pensés comme personnelles, qui fonderait une individualité propre, une personnalité, comme la bravoure, le sens des responsabilités, le devoir,  la bienséance, la culpabilité,...

Le corps, lui, parle pour nous, nous contredit, est coincé aux entournures et veut sa place. C’est l’instinct d’abord, un langage animal qui s’exprime malgré nos efforts pour dompter notre côté sauvage.

J’aime confronter l’être moral et responsable que nous devons être à l’animal dont les besoins fondamentaux ne s’embarrasse pas de concepts et exigent d’être satisfaits.

 


Ils/elles en pensent

FRANÇOISE ROCHE

Metteuse en scène, comédienne et professeure d’art dramatique.

Nadège Guenot, avec Instincts grégaires, saison 1 a produit un travail exigeant tant sur le plan de la composition scénographique que celui de la direction d’acteurs. Une réflexion dramaturgique percutante, et beaucoup de créativité dans les moyens mis en oeuvre. Nadège Guenot est une artiste à la confluence des arts plastiques, du théâtre et de la danse.

 

STÉPHANE AUVRAY-NAUROY

Comédien, metteur en scène, auteur et professeur d’art dramatique.

Nadège Guenot a initié avec Instincts grégaires, saison 2 un travail d’une très grande pertinence et d’une très grande délicatesse. Pertinence parce que la violence du propos était claire : notre incapacité à recevoir l’autre, consécutive ment à notre incapacité à exister face à l’autre. Délicatesse parce que le discours n’est pas tenu, dit ou exprimé comme tel, mais suggéré par une mise en scène précise, ludique et merveilleusement chorégraphiée.

Un théâtre d’images et de sons qui privilégie le corps de l’acteur : Nadège Guenot sait ce qu’elle veut dire et invente vraiment sa forme théâtrale pour le faire entendre.

 

MATHIAS CLAEYS

Auteur, metteur en scène pour la Cie MKCD31, auteur et critique pour le théâtre

Le plateau comme expérience de la cité. Dans la forme courte Instincts grégaires, Saison 2, créée dans le cadre de l’Ecole Auvray- Nauroy, Nadège Guenot interroge le groupe humain en axant son propos sur deux variables :

la gestion de l’espace commun, et la confrontation à l’autre dans son individualité.Ça aurait presque l’air d’un travail universitaire. Et ça n’en est pas si éloigné que ça. Comme un spectacle qui étudie, qui met en lumière d’une manière aussi claire et précise que brute.

Le propos est dans ce questionnement et ne s’en éloigne pas. C’est très bien. Le danger qui guette, dans cette approche presque scientifique du propos, c’est de tomber dans le dogmatisme, dans la réflexion aboutie qui donne ses enseignements.

Bien heureusement, l’écueil est soigneusement évité, et c’est bien un questionnement qui est mis en scène, une curiosité même, et non sans humour.

Pour parler de l’objet en lui-même, il est important de noter la clarté de la mise en scène. Ils sont cinq sur scène, chacun, on s’en rendra compte au fur et à mesure, proposant une individualité propre (sans tomber dans le stéréotype, quelle veine !). Le plateau

est presque nu, la lumière proposée est simple et sans effet (à part cette ouverture à la Pommerat, suite de noirs elliptiques avec des acteurs qui apparaissent comme par magie, une tentative très réussie de capter l’attention et d’attiser la curiosité en quelques secondes). Un bruit de temps qui passe nous accompagnera, plus ou moins oppressant, qui met très simplement tout le monde sur le même plan : le temps est le même pour tous.

Les acteurs tournent en rond, se démarquent par des gestes, butent sur un banc, puis sur un autre qu’ils déplacent, configurent l’espace  jusqu’à arriver entassés sur les deux bancs au milieu du plateau. Après le langage du corps, celui de la parole (quand on ne sait plus comment se démarquer sans l’ouvrir, bien sûr, on se met à discourir). Les textes, Nadège Guenot les a volés à la vie quotidienne.

On retiendra surtout le discours de la femme sans-emploi, bien connu, ou celui sur la société des abeilles, démontrant en un rien de temps que bien des bêtes se débrouillent mieux que nous en matière de sociabilité. Instincts Grégaires – Saison 2 est un objet théâtral assez inédit, concis et intrigant, qui nous invite à regarder autrement les places publiques et le métro (par exemple), et met en lumière ce qu’on savait plus ou moins sans jamais se le dire : on ne saurait être seul et on ne sait pas (trop) être à plusieurs. Avec une question en filigrane:

alors, on fait quoi ?